En m’imprégnant du contexte social d’aujourd’hui et en m’inspirant de réalisations textiles issues du passé, mes productions tissées au métier informatisé Jacquard se trouvent à mi-chemin entre la tradition technique artisanale et le monde du technologique du digital. Elles questionnent la notion de réflexion conceptuelle à travers la pratique matérielle du «faire/fabriquer[1]» et l’importance nouvelle qu’elle revêt en art actuel ainsi que le rapport entre le monde privé du chez-soi et celui, public et social, que nous propose la ville et l’Internet.

En utilisant la réactualisation de scènes de genre tissées en soie au 19ème siècle en France comme prétexte, mon travail se veut questionner la fine ligne entre inconfort et attente, entre présence à soi et définition du non-lieu. Il le fait en précisant l’émergence d’une relation à cet autre que l’on rencontre en public, en présentant des portraits de personnages, de passants, et en matérialisant leurs relations, si incongrues et hypermodernes puissent-elles être.

Ces recherches historiques et techniques auxquelles je m’adonne depuis plusieurs années, je les réappropriais jusqu’à maintenant sous forme de tissages brochés[2] complexes, technique développée durant ma maîtrise, qui représentent la matérialisation de relations imaginées entre des individus.

Je situe ma recherche dans le courant de renouvellement de l’intérêt pour les « métiers d’art »[3] et leur incursion dans l’art contemporain de diverses manières dont : leur dématérialisation par la performance (Burisch, 2011), l’abondance des projets participatifs qui se veulent créer de nouvelles interactions sociales (Vinebraum, 2015) ou encore le recours au savoir-faire des artisans par des artistes professionnels (Petry, 2011). J’ai moi-même eu l’occasion de mettre mes capacités techniques au service d’artistes.

De ces constats, je cherche maintenant à transporter ma recherche vers l’étude des relations qui existent entre artistes, artisans, et le rapport qu’ils(elles) entretiennent avec le « faire/fabriquer » qui est imbriqué dans leur pratique. Ceci, dans le but d’étudier et de développer une meilleure assise et compréhension du développement du « penser » par le « faire ». Une recherche sur le faire par le faire.

[1] En anglais : « making »

[2] Brochés : procédé qui consiste à ajouter, sur le fond du tissu, des fils supplémentaires s’élevant en relief.

[3] En anglais : « crafts»


Publicités